Le secteur de l’agro-industrie au Gabon a été plus ou moins résilient face aux chocs produits par la crise sanitaire. Certaines filières ont même connu une croissance notable.

Pour l’activité  sucrière, les chiffres présentent des résultats mitigés à la fin de l’exercice 2021. En effet, sur le plan agronomique, la production de sucre en granulé de 50 kg s’est établie à 26 004 tonnes, en hausse de 14,9% par rapport à l’année précédente, en raison des conditions climatiques favorables, faisant ainsi chuter les importations de 49,2% à 5 174 tonnes. Parallèlement, la transformation de sucre a baissé de 11,8%.

Sur  le  plan  commercial,  les  ventes  ont  reculé  de  2,7%,  impactées  par  l’atonie  de  la  demande (brasseries, boulangeries, ménages) en pleine crise Covid-19 et par les difficultés d’évacuation des produits aussi bien par la route que la voie ferroviaire. En conséquence, le chiffre d’affaires a diminué de 2,5% pour se situer à 21 milliards de FCFA. Les effectifs et la masse salariale ont augmenté respectivement de 50,3% et 3,5% du fait de la poursuite de la campagne de récolte.

Pour la branche des boissons gazeuses et alcoolisées, une tendance à la consolidation a été constatée en 2021, malgré la légère baisse observée au quatrième trimestre. Cette situation s’explique par l’assouplissement des mesures gouvernementales, notamment la  réouverture d’un certain nombre d’activités (restaurants, hôtels, discothèques, etc.) et l’autorisation des manifestations de plus de 30 personnes. 

Ainsi, la production totale des boissons gazeuses et alcoolisées a augmenté de 10,6% pour se situer à 3 millions d’hectolitres, portée par les bières (+11%), les boissons gazeuses (+6,7%) et les boissons diverses ou alcomix (+81%).  On note tout de même un ralentissement de 7% au 4T21 comparativement au trimestre précédent.

Sur le plan commercial, le chiffre d’affaires a progressé de 11% à 161  milliards de FCFA contre 145,9 milliards de FCFA l’année dernière, en lien avec la fermeté de la demande. Enfin, en matière d’emploi, les effectifs ont été de 1 056 agents à fin 2021 (+4,5%), pour une masse salariale en baisse de 9,9%.

La branche de l’eau minérale présente, pour sa part, des résultats satisfaisants. En effet, la production totale a augmenté de 2,9% à 1,1 million d’hectolitres, en raison de la bonne tenue du carnet  de  commandes  et  du  dynamisme  des  gammes  proposées  par  Sobraga  (+9%)  et  Origen (+53%)  sur  la  période  sous-revue.  Cette  performance  a  davantage  été  marquée  au  4T21  avec relèvement de la production de 13% faisant suite à deux trimestres consécutifs de baisse. Ainsi, les ventes ont généré un chiffre d’affaires de 21,9 milliards de FCFA, en hausse de 2,5% par rapport à 2020.

Les huiles et corps gras résistent


Au terme des douze mois de 2021, l’activité des huiles et corps gras a été marquée par la poursuite des résultats satisfaisants comparativement à la même période de l’an dernier. Ainsi, la production de l’huile raffinée s’est appréciée de 15,2% pour s’établir à 21 620 tonnes. Cependant, le savon et la stéarine ont baissé respectivement de 18,5% et 3,6%.

Au plan commercial, les ventes locales (+6,4%) et les exportations (+54,9%) ont augmenté, se situant respectivement à 24 866 tonnes et 79 652 tonnes, suite au regain de la demande domestique et extérieure. En conséquence, le chiffre d’affaires a très fortement augmenté pour se situer à 61,3 milliards de FCFA, sous le double effet de la hausse des exportations et du prix moyen sur le marché mondial (+59,9%).





Dans  le  sillage  des  autres  produits  agricoles,  les  cours  de  l’huile  de  palme  se  sont  fortement appréciés au cours de l’année 2021. En moyenne, ils ont bondi de près de 60% pour se situer à 1 069 $ la tonne contre 668 $ la tonne en 2020. Les cours ont profité des perturbations de l’offre dans les zones de production eu égard aux mesures barrières prises pour freiner la propagation du coronavirus. De même, la reprise plus importante de la demande a exercé une pression à la hausse sur les cours sur la période d’analyse.

La filière de l’huile de palme brute a ainsi consolidé ses performances. La  récolte  des  régimes  de  palme  s’est  renforcée  de  54,2%  à  449  748  tonnes,  en  raison  de l’accroissement  du  rendement  des  plantations  de  Mouila  et  Awala,  notamment  de  l’arrivée  à maturité de nouveaux palmiers à huile. Corrélativement, la production d’huile de palme brute s’est raffermie de 52,6% pour s’établir à 107 336 tonnes. Au niveau de l’emploi, les effectifs ont continué à baisser (-11,6%) pour se situer à 4 221 agents, pour une masse salariale de 19,5 milliards de FCFA, en hausse de 57,4%.
Quant à l’activité de la filière du caoutchouc naturel, elle a enregistré des résultats contrastés. En effet, la production nationale de caoutchouc naturel humide a augmenté de 4,6% pour  se  situer  à  18  379  tonnes,  suite  à  la  montée  en  puissance  des  plantations  d’Olam.  Cette embellie est davantage marquée au 4T21 avec un bond de 30% par rapport au trimestre précédent. 

Dans le même temps, le volume de caoutchouc usiné a baissé de 25% à 5 496 tonnes, en lien avec les problèmes rencontrés par l’entreprise SIAT durant le premier semestre. Sur  le  plan  commercial,  la  chute  des  exportations  de  32,4%  a  entraîné  une  baisse  du  chiffre d’affaires de 2,6% en glissement annuel, à 7,2 milliards de FCFA. La baisse du chiffre d’affaires a tout de même été atténuée par la consolidation des prix moyens de caoutchouc naturel de 19,1% sur le marché international.

Promouvoir la production nationale


Pour les autorités gabonaises, le secteur de l’agro-industrie devrait contribuer davantage à augmenter la production nationale. C’est dans ce cadre qu’une nouvelle loi incite les entreprises du secteur alimentaire de s’approvisionner localement à hauteur d’au moins 50%. Le pays veut ainsi soutenir les producteurs et les transformateurs locaux et réduire drastiquement ses importations dans les prochaines années.





Pour soutenir la production agricole nationale, le gouvernement gabonais a aussi adopté, en juin dernier, un projet de loi qui prévoit la création d’une Chambre nationale d’agriculture (CNA). A travers ce projet de loi, le gouvernement veut imposer aux entreprises de l’agroalimentaire de s'approvisionner auprès des producteurs agricoles locaux.

La mise sur pied de cette Chambre nationale d’agriculture intervient dans un contexte où le pays veut réduire sa dépendance de l’extérieur sur le plan alimentaire. Les autorités gabonaises réfléchissent en effet depuis quelques années sur les meilleures options pour que l’agro-industrie puisse permettre au pays d’atteindre sa souveraineté alimentaire et réduire de moitié sa facture d’importations alimentaires, qui s’élève annuellement à 550 milliards FCFA.

« S’inscrivant dans la stratégie du gouvernement de soutenir la production nationale en garantissant un accès privilégié des produits locaux au marché, ce texte énonce le cadre d’obligation aux entreprises du secteur alimentaire de s’approvisionner localement à hauteur d’au moins 50% de leurs stocks en produits agricoles naturels ou transformés », a-t-on indiqué.

Selon toujours le gouvernement, les initiatives législatives posent les bases permettant l’encouragement à la formation, à la transformation locale et à l’incitation des opérateurs économiques à s’investir véritablement dans la fabrication et le montage local des équipements, notamment agricoles. Elles s’arriment au Plan d’accélération de la transformation (PAT) de l’économie gabonaise.