Les acteurs de la filière manioc au Gabon craignent pour leur avenir. Et l’étude effectuée récemment par les chercheurs de l’université de Galway (NUIG) et du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), qui met en exergue les modes de propagation des maladies du manioc à l’instar de la mosaïque du manioc, n’ont fait que renforcer leurs désarrois.

Le Pr Jacques François Mavoungou, directeur pays du programme de recherche Wave (West and Central african virus epidemiology), a confirmé que le Gabon figure parmi les pays de la région où les maladies du manioc ont un impact significatif sur les rendements et la sécurité alimentaire. Pour rappel, les études ont démontré que la propagation des maladies du manioc est favorisée par les échanges de boutures entre populations frontalières et l’utilisation ou la réutilisation des boutures infectées par les producteurs. 

 « Au Gabon comme dans la sous-région, la filière manioc est menacée par les maladies qui détruisent les plantations. Les champs de manioc au Gabon sont aussi infectés. Les collègues du CIRAD ont travaillé sur la distribution de la diversité du manioc au Gabon suivant le lignage (système de parenté) à travers les mariages », a expliqué le Pr Mavoungou avant d’ajouter qu’au niveau du programme Wave, une étude épidémiologique à caractère transversal à travers tout le Gabon a révélé une incidence de quasiment 100% pour la mosaïque du manioc.

Au sujet de l’évolution des maladies, bien au-delà des systèmes de diffusion à travers les mariages, les introductions et multiplication de matériels par le biais des projets, les échanges de boutures entre populations frontalières et l’utilisation ou la réutilisation des boutures infectées par les producteurs pour renouveler leurs champs, constituent les modes de propagation les plus répandus. La méconnaissance des symptômes des maladies par les producteurs et l’inexistence d’un système semencier fiable ont été identifiés à l’issu de l’étude comme facteurs problématiques du secteur.

Pr Jacques François Mavoungou qui a aussi souligné que la maladie de la mosaïque du manioc et la maladie de la striure brune du manioc sont les deux maladies virales les plus dévastatrices du manioc en Afrique. Ces maladies virales peuvent entraîner des pertes de rendement pouvant aller jusqu’à 90% ou 100% (pour le cas de la striure brune) et des désastres socio-économiques énormes. Et les travaux de laboratoires ont déjà identifié la présence au Gabon des deux souches les plus répandues de la mosaïque (ACMV et EACMV) et les co-infections provoquées simultanément par deux.