La société civile gabonaise et la Fondation Sylvia Bongo Ondimba, en collaboration avec la structure de conseil en stratégie Roland Berger et du cabinet d’avocats Norton Rose Fulbright, ont remis dernièrement à l’Exécutif gabonais le document réunissant l’ensemble des recommandations visant à promouvoir les droits de la femme et à réduire les inégalités femmes - hommes au Gabon. 
 
Le Gabon est déjà en bonne position en matière de participation des femmes à la vie politique avec le renforcement régulier ces dernières années de la règlementation et l’émergence à très haut niveau de personnalités féminines. Le pays a également l’un des taux de scolarisation au primaire les plus élevés d’Afrique.
 
Cependant, d’importantes inégalités juridiques, sociales et économiques demeurent. Le rapport révèle notamment que la scolarité des gabonaises est très affectée par les grossesses précoces qui concernent près 50% des 15-19 ans, que les femmes gabonaises représentent 90% des victimes de violences sexuelles et 83% des victimes de violences économiques, ou encore que les femmes gabonaises sont deux fois plus touchées par le VIH que les hommes.

Six domaines d’actions clés 


Les travaux menés, résultat d’un processus de concertation de plus d’un an entre acteurs publics, privés et associatifs ont permis de faire émerger six domaines d’actions clés : les violences faites aux femmes, l’éducation, la santé, le droit de la famille, l’émancipation économique, l’émancipation politique. Cet ambitieux plan d’action permettrait de toucher 1,8 millions de bénéficiaires.

Parmi les recommandations majeures, le rapport met notamment en avant l’importance de corriger l’asymétrie des droits et les dispositions discriminatoires dans le domaine de droit de la famille gabonais. Le rapport révèle, par ailleurs, la nécessité de déployer un dispositif législatif, juridique et social pour protéger les victimes de violences, par la facilitation de l’accueil des victimes dans les commissariats, la mise en place de cliniques juridiques pour accompagner les victimes dans le dépôt de plainte et la création de refuges pour accueillir les mères victimes et leurs enfants les accompagnant vers l’indépendance économique. 

La proposition de créer un Observatoire du droit des femmes s’inscrit également dans la volonté d’accompagner le déploiement de cette stratégie nationale par un outil de suivi des indicateurs sur les avancées en matière de droits des femmes. « Alors que la place tenue par les femmes s’est révélée à la fois essentielle et fragilisée face au Covid- 19, le Gabon fait ainsi le choix courageux de miser sur l’égalité des genres pour sa relance économique et sociale », a noté l’agence Ecofin.

Des cabinets missionnés 

 
Le cabinet de conseil en stratégie Roland Berger et le cabinet d’avocats Norton Rose Fulbright ont été missionnés pour réaliser le diagnostic permettant de faire émerger des recommandations d’actions visant à promouvoir les droits de la femme et à réduire les inégalités femmes-hommes au Gabon. L’objectif visé par cette étude est de consacrer la place que les femmes jouent au sein de la famille et de leur donner un rôle de premier plan au sein de la société Gabonaise, en les soutenant, dans le respect de leurs droits et dans l’acquisition d’une véritable indépendance économique.  


Les résultats de ce rapport d’envergure nationale ont été le fruit d’un travail collaboratif d’un an entre les principaux acteurs publics, privés et représentants de la société civile. Au total, plus de 40 entretiens ont été effectués et ont permis de faire émerger 6 domaines d’actions prioritaires: les violences faites aux femmes, l’éducation, la santé, le droit de la famille, l’émancipation économique et politique. 
 
Un comité de pilotage multi composite a mené les réflexions, travaux et arbitrages. Il se réunissait régulièrement pour suivre l’avancée et les résultats des travaux menés. Ont notamment été associés des représentants du gouvernement, de l’administration, du parlement et de la société civile gabonaise.
 
Les travaux menés ont fait l’objet d’échanges réguliers avec les représentants de ministères et administrations publiques, des chambres (Assemblée Nationale et Sénat), de la magistrature, des entreprises privées et publiques, des représentants des cultes et des ONG dans une volonté de couvrir et intégrer les points de vue émanant de l’ensemble du territoire. 
 
Ces travaux ont par ailleurs été complétés par la réalisation d’un benchmark international sur la question du droit des femmes dans 16 pays, particulièrement en Afrique et en Asie, avec pour objectif de recenser les apprentissages des politiques et dispositifs menés dans les pays aux caractéristiques de développement politique et économique proche. Cette consultation élargie et ce travail de benchmark international a permis l’émergence d’un diagnostic inédit concernant les inégalités Femmes-Hommes au Gabon.
 

Feuille de route

 
Pour la plupart des mesures, il est proposé une phase pilote puis une phase d’élargissement, précédant le déploiement total des mesures recommandées sur une période de trois années, entre 2020 et 2023. Pour en accompagner son déploiement, le plan d’action se fonde sur un dispositif à trois niveaux : terrain, suivi et pilotage.
 
« Ces conclusions et recommandations que nous partageons aujourd’hui, sont le fruit d’un travail collectif et plus particulièrement d’une époque qui n’accepte plus, qui ne tolère plus, qui ne se tait plus. Parce qu’il n’est jamais trop tôt ou trop tard pour agir, nous invitons les citoyennes et les citoyens, aux côtés de l’État et de la société civile, à se mobiliser pour que ce moment soit celui de toutes les Gabonaises et de tous les Gabonais », a soutenu en outre le comité de pilotage. 

Notons, enfin, que la Fondation Sylvia Bongo Ondimba, cheville ouvrière de cette ambitieuse démarche au profit des droits de la femme, a été créée à l’initiative de la Première Dame du Gabon en 2011. Elle se présente comme une force de mobilisation et d’action l’émergence d’une nation unie et solidaire offrant à chacun la place qu’il mérite dans la société. Sa mission première étant d’encourager tous les Gabonais à devenir les premiers acteurs de leur propre réussite, « afin que tous bénéficient des nouvelles opportunités du développement ».