Le gouvernement gabonais affirme poursuivre sa volonté de mieux structurer et moderniser son secteur industriel. Il s'appuie dans ce cadre sur les données de l’Enquête nationale menée avec l’appui de la Banque africaine de développement. Présentée dernièrement au vice-président du gouvernement, Herman Immongault, cette étude met en lumière plusieurs déséquilibres importants qui freinent encore le développement industriel du pays.
Pilotée par le ministère de l’Industrie et de la Transformation locale, l’enquête avait pour principal objectif de dresser un état des lieux détaillé de l’industrie gabonaise afin d’aider les autorités à mieux orienter leurs politiques publiques. Les conclusions montrent notamment une très forte concentration des activités industrielles dans la province de l’Estuaire, qui abrite Libreville et sa périphérie. Selon les données recueillies, sur les 190 entreprises industrielles recensées dans le pays, 127 sont implantées dans cette seule province. Ce chiffre confirme le poids économique dominant du Grand Libreville dans le tissu industriel national. Cette concentration géographique traduit les inégalités de développement entre les différentes régions du Gabon, où les infrastructures, l’accès à l’énergie et les réseaux logistiques restent très inégalement répartis.
Cette situation pose également la question de l’aménagement du territoire et de la diversification économique régionale. En dehors de l’Estuaire, plusieurs provinces disposent pourtant d’importantes ressources naturelles et agricoles susceptibles d’alimenter des activités de transformation locale. Le défi pour les autorités consiste désormais à encourager l’implantation d’industries dans d’autres régions afin de créer davantage d’emplois et de réduire les disparités économiques. L’enquête met aussi en évidence une autre réalité : la faible présence des nationaux à la tête des entreprises industrielles. Sur les 188 sociétés implantées au Gabon, 137 sont dirigées par des expatriés contre seulement 51 par des Gabonais. Ces chiffres soulèvent des interrogations sur la place des compétences nationales dans le pilotage stratégique du secteur industriel.
Cette forte présence étrangère dans les postes de direction reflète à la fois le poids des investissements internationaux dans certains secteurs et les défis liés à la formation de cadres spécialisés. Pour de nombreux observateurs, le développement industriel durable du Gabon passera nécessairement par un renforcement des compétences locales, notamment dans les domaines techniques, managériaux et industriels. L’étude révèle également des insuffisances en matière de régulation. Plusieurs entreprises exercent leurs activités sans disposer de l’agrément technique industriel, pourtant obligatoire pour encadrer et contrôler les activités du secteur. Cette situation met en évidence les difficultés de suivi administratif et de contrôle auxquelles font face les autorités compétentes.
Lors de l’atelier de restitution, Lubin Ntoutoume a insisté sur l’importance de disposer de données fiables pour bâtir une politique industrielle cohérente et efficace. Le ministre a notamment évoqué des « faiblesses dans les mécanismes de collecte, de traitement et de diffusion des données industrielles », ainsi qu’une « fragmentation des sources d’information ». Pour le gouvernement gabonais, cette enquête constitue une étape essentielle vers la modernisation du système d’information industrielle national. Les autorités souhaitent désormais disposer d’outils statistiques plus performants afin de mieux suivre l’évolution du secteur, attirer davantage d’investissements et favoriser la transformation locale des ressources.
Dans un contexte où plusieurs pays africains cherchent à accélérer leur industrialisation, le Gabon tente ainsi de poser les bases d’une stratégie plus structurée. Grâce au soutien de la Banque africaine de développement, le pays espère renforcer la compétitivité de son industrie et réduire progressivement sa dépendance aux exportations de matières premières brutes.
