Une délégation du groupe japonais Asia Minerals Limited (AML), conduite par son président Shuzaburo Tsuchihashi, a été reçue par le vice-président de la République, Alexandre Barro Chambrier, pour donner des éclairages sur le projet d’implantation d’une usine de transformation du manganèse. Une initiative qui s’inscrit dans la politique industrielle impulsée par le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, visant à capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire.
La rencontre, à laquelle participait également Ghislain Moandza Mboma, directeur général de l’Agence nationale de promotion des investissements (ANPI), marque une étape préliminaire dans un processus encore en phase d’étude. À l’issue des échanges, le groupe japonais a annoncé l’envoi prochain d’une mission technique chargée d’évaluer les conditions de mise en œuvre du projet, notamment en matière d’infrastructures, d’approvisionnement énergétique et de logistique. Ce projet intervient dans un contexte de mutation du cadre réglementaire gabonais. En 2025, les autorités ont acté l’interdiction progressive de l’exportation de manganèse brut à compter de janvier 2029, assortie d’une période transitoire de trois ans.
L’objectif est d'inciter les opérateurs à investir dans des capacités de transformation locale afin de réduire la dépendance aux exportations de matières premières non transformées. Deuxième producteur mondial de manganèse, le Gabon dispose d’un avantage comparatif significatif dans ce secteur. Toutefois, la majeure partie de la production est encore exportée à l’état brut, limitant les retombées économiques domestiques. En encourageant l’implantation d’unités industrielles, les autorités entendent favoriser la création de chaînes de valeur locales, génératrices d’emplois et de recettes fiscales supplémentaires.
Le projet porté par Asia Minerals Limited pourrait s’inscrire dans cette dynamique. Selon les premières indications, l’implantation d’une usine de transformation serait susceptible de stimuler plusieurs segments de l’économie, notamment les infrastructures, la logistique et la maintenance industrielle. À moyen terme, ce type d’investissement pourrait également contribuer au transfert de compétences et au développement d’un tissu industriel plus diversifié. Reste que la concrétisation de ces ambitions dépendra de plusieurs facteurs. La compétitivité du coût de l’énergie, la qualité des infrastructures de transport et la stabilité du cadre réglementaire constituent autant de variables déterminantes pour les investisseurs. Par ailleurs, la montée en puissance de la transformation locale suppose des investissements importants, dans un contexte où les marchés des matières premières demeurent soumis à des fluctuations.
L’enjeu consiste donc à trouver un équilibre entre volontarisme industriel et attractivité économique. La présence d’un acteur international comme Asia Minerals Limited témoigne d’un intérêt croissant pour cette stratégie, mais sa traduction concrète dépendra de la capacité du pays à offrir un environnement propice aux investissements de long terme. À l’horizon 2029, la réforme du secteur du manganèse pourrait ainsi constituer un test majeur pour la politique d’industrialisation du Gabon. Entre opportunités de diversification économique et défis structurels, le pays joue une part de sa transformation économique sur la réussite de ce virage stratégique.
