Le Gabon veut renforcer la gestion des risques sanitaires liés à la filière avicole avec le lancement, à Nkok, des travaux d’élaboration et de validation de son premier plan national de surveillance intégrée de l’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP). Cette initiative, portée par les autorités publiques avec l’appui de partenaires internationaux, vise à améliorer la détection précoce et la réponse rapide face à une maladie qui affecte à la fois l’économie agricole et la santé publique.
La cérémonie de lancement a réuni plusieurs responsables gouvernementaux, dont le ministre des Eaux et Forêts, représentant le ministre de l’Agriculture, ainsi que des institutions internationales telles que l’Organisation mondiale de la santé animale, la FAO, l’OMS et le CDC-Africa. La présence de ces acteurs souligne l’importance d’une approche coordonnée face aux maladies zoonotiques, qui nécessitent une collaboration étroite entre les secteurs de l’agriculture, de la santé et de l’environnement. L’élaboration de ce plan intervient dans un contexte marqué par plusieurs épisodes de grippe aviaire au Gabon. Depuis 2022, le pays a connu des foyers successifs ayant entraîné la mort de milliers de volailles, notamment dans la province de l’Estuaire, principal bassin de production avicole. Un nouveau foyer du virus H5N1 a été confirmé en septembre 2025, illustrant la persistance du risque et les limites du dispositif actuel de surveillance.
Ces événements ont mis en évidence des insuffisances en matière de détection précoce et de capacité de réaction, avec des conséquences économiques notables pour les éleveurs et des inquiétudes pour la sécurité alimentaire. Le futur plan national ambitionne ainsi de fournir un cadre opérationnel permettant d’identifier plus rapidement les cas, de limiter la propagation du virus et de coordonner les interventions des différents acteurs concernés. Les autorités soulignent que la recrudescence des maladies émergentes s’inscrit dans un contexte global marqué par les changements climatiques, la mondialisation et l’intensification des activités humaines. Ces facteurs favorisent la circulation des agents pathogènes et augmentent les interactions entre les animaux, les humains et les écosystèmes, créant des conditions propices à l’émergence de nouvelles menaces sanitaires.
Les partenaires internationaux rappellent également que la majorité des maladies infectieuses humaines sont d’origine animale, ce qui renforce la nécessité d’adopter une approche intégrée dite « Une seule santé ». Cette stratégie vise à mieux comprendre et anticiper les risques en tenant compte des liens entre santé animale, santé humaine et environnement. Dans ce cadre, le programme ZOOSURSY, financé par l’Union européenne, joue un rôle central. Doté d’un budget de 20 millions d’euros, il vise à renforcer les capacités de surveillance et de recherche sur les maladies zoonotiques dans 17 pays africains. L’objectif est notamment de traduire les avancées scientifiques en politiques publiques concrètes et en outils d’évaluation des risques.
Par ailleurs, le calendrier réglementaire renforce l’urgence de cette démarche. L’interdiction prévue des importations de poulets de chair à partir de 2027 devrait accroître la dépendance du pays à sa production locale, rendant indispensable la mise en place d’un système sanitaire robuste pour sécuriser la filière. "À travers ce plan national, le Gabon cherche ainsi à consolider la résilience de son secteur avicole tout en répondant aux exigences sanitaires internationales. L’enjeu est de concilier développement économique, sécurité alimentaire et protection de la santé publique dans un environnement de plus en plus exposé aux risques sanitaires émergents", a-t-on aussi fait savoir.
