À Owendo, dans la demeure-atelier d’Alexandra Bouka, les murs racontent une même histoire, déclinée en multiples visages. Des femmes, grandes ou élancées, parfois recroquevillées, souvent nues ou dissimulant leur intimité du creux des mains, occupent l’espace. Leurs cheveux, tantôt afros au vent, tantôt finement tressés, prolongent le mouvement des corps. Ici, tout respire un univers profondément féminin, intime et assumé. Ce jour-là, l’artiste a convié la presse à découvrir sa nouvelle collection intitulée « Cosmogonie d’elle ».
Plus qu’une simple exposition, elle propose une genèse, un récit visuel structuré comme une traversée. Pour la première fois, Alexandra Bouka présente une série pensée de manière chronologique, retraçant les étapes symboliques de l’évolution de la femme. La collection se compose de sept tableaux, dont six sont achevés. Chaque œuvre constitue un chapitre d’une histoire sensible et introspective. Le parcours s’ouvre avec « In utero divina ». L’utérus y est représenté comme une matrice originelle, à la fois sanctuaire protecteur et espace d’enfermement. À travers cette toile, l’artiste explore sa perception de la féminité, évoquant sans détour les douleurs menstruelles et la complexité du corps féminin.
Avec « Clara Mom », elle rend hommage à la figure maternelle. Cette « mère lumière » incarne la guide silencieuse, celle qui éclaire le chemin de l’enfant avant même qu’il ne comprenne la portée de ses gestes. La tendresse y côtoie la force, dans une composition où la douceur des teintes contraste avec la profondeur du message. Le troisième tableau, « Always tell her », s’attarde sur la valeur intrinsèque de la jeune fille. Une balance y symbolise le poids du regard social et des jugements extérieurs. Alexandra Bouka y affirme la nécessité de rappeler aux femmes leur propre valeur, indépendamment des normes imposées.
Puis vient « Rouge intime », évocation puissante du passage à l’âge adulte. La puberté est figurée par des vagues de sang, métaphore à la fois crue et poétique de la transformation du corps et de l’entrée dans une nouvelle conscience de soi. « Prends ton temps », cinquième étape de cette cosmogonie, invite à ralentir. L’artiste y propose une réflexion sur le rythme personnel, sur l’importance de poser des actes fondateurs pour l’avenir sans céder aux injonctions sociales. Avec « Fundare », qui signifie fondation, une femme construit un château de cartes. L’image est forte : elle parle de la fragilité des relations, du caractère éphémère des équilibres que l’on croit solides. La septième œuvre, déjà conceptualisée, viendra clore ce cycle.
Alexandra Bouka revendique la nudité comme un choix d’authenticité, un retour à l’état brut. Toutefois, elle veille à préserver une certaine pudeur, par respect pour son entourage familial. Les titres en latin, les fleurs, les planètes et les étoiles qui traversent ses toiles renforcent la dimension symbolique de son travail. Autodidacte, nourrie dès l’enfance par les contes et les bandes dessinées, elle dessinait autrefois ses camarades pour le plaisir. Aujourd’hui, son art s’affirme avec maturité. Artiste plurielle, elle est également auteure de « La cadette de la montagne », récemment disponible à la Maison de la Presse. Juriste d’affaires actuellement sans emploi, Alexandra Bouka continue pourtant de bâtir, toile après toile, un univers qui lui ressemble : sensible, réfléchi et résolument féminin.
